Valérie Faucheux : « La division à gauche vient du PS »
C'est avant tout une liste ouverte avec des gens du milieu associatif, des syndicalistes, des jeunes, des chômeurs, des salariés... Des personnes qui sont sur le terrain et qui représentent des mouvements de lutte de gauche sur la ville. Nous étions déjà présents en 2001.
Comment est née cette idée de vous associer à Emgann, un mouvement qui se définit comme « socialiste autogestionnaire et indépendantiste breton » ?
La question bretonne n'est pas un débat qui dépasse le cadre municipal. Il n'y aura aucune revendication à ce sujet. Notre objectif est de travailler ensemble, même si on sait que des choses nous différencient. Ce qui nous rassemble ? C'est une organisation de gauche avec un profil anticapitaliste.
Vous voulez profiter de l'effet Olivier Besancenot ?
C'est vrai qu'il a réussi un bon score à la présidentielle, mais il faut désormais qu'il y ait une représentativité de nos idées au niveau local. Aux législatives, nos résultats étaient intéressants dans les bureaux rennais. Pendant ma campagne, j'ai rencontré beaucoup de gens qui partageaient nos idées.
Qu'est-ce qui vous motive ?
Ces élections auront valeur de test par rapport à la politique menée par Sarkozy. Karim Boudjema, le candidat de la droite, étant un sarkozyste convaincu choisi par l'Élysée, nous allons tout faire pour qu'il soit battu. Nos revendications et nos mesures d'urgence s'appliquent aussi à la ville. Il y a des éléments très locaux qui posent problème. Nous ferons entendre nos propositions pour amener la majorité municipale à évoluer.
Le PS est aussi un adversaire ?
Nous voulons, avant tout, battre la droite, mais en proposant une alternative à gauche qui ne soit pas dans l'accompagnement et l'acceptation du libéralisme. Nous ne voulons pas participer à la répartition des miettes. La municipalité a transféré beaucoup de compétences à la Métropole dont l'aspect démocratique sur le plan des décisions laisse à désirer. Au cours des deux derniers mandats, beaucoup de services publics ont été transférés vers le privé. Un exemple : la disparition de l'Office public HLM. Aujourd'hui, c'est un organisme qui doit être rentable et avec la dégradation des revenus et l'augmentation des loyers, il y a de plus en plus de gens insolvables.
Une autre liste ouvrière, conduite par Carine Weber, sera aussi présente. Il n'y avait pas d'alliance possible ?
Il y a dans ce projet le Parti des Travailleurs... C'est une vieille histoire avec eux. Ils ne jouent pas franc-jeu. Et puis la campagne de Gérard Schivardi a été une vraie catastrophe avec des actions nationalistes flirtant parfois avec un extrémisme de droite.
Et avec Les Verts, ce n'était pas possible non plus ?
On les a rencontrés et on va maintenir le dialogue, pour ces élections et après. On se croise très souvent dans des luttes que le PS abandonne, comme le soutien aux sans-papiers. Mais ils tombent dans le piège d'entrer dans la majorité municipale. Ils sont dans une logique de négociation des places pour le second tour. Et à l'arrivée, ils votent tous les budgets, comme sur le dossier de l'eau. Nous tenons à notre liberté de pensées et d'actions.
Du coup, cela fait beaucoup de listes à gauche...
En 2001, il y avait cinq. Cette fois, il y en aura une de moins. C'est le PS qui est responsable de la division, car il rejette tout ce qui ne rentre pas dans le rang. On n'a jamais cherché à s'adresser aux dirigeants socialistes. On ne veut pas être pieds et poings liés.
Mais appellerez-vous à voter pour Daniel Delaveau au second tour ?
A priori oui, sauf s'il s'allie avec le MoDem. Car soyons sérieux : le MoDem est un parti de droite comme en témoigne le récent soutien de François Bayrou à Alain Juppé, pour la mairie de Bordeaux. On n'est pas dupe et c'est pourquoi on n'a pas encore défini d'attitude pour l'entre-deux tours. Ce qui nous intéresse, c'est mener une vraie campagne.
Propos recueillis par
Édouard REIS-CARONA.