Mais dans la mesure où les cadeaux fiscaux bénéficient aux couches
les plus aisées de la population,
ils risquent de nourrir leur épargne plutôt que leur consommation.
Quant aux heures supplémentaires,
elles seront mieux payées mais ce coup de pouce incitera aussi
les employeurs à moins embaucher et à freiner la progression des salaires.
Il n'est pas sûr que la progression de la masse salariale globale
sera dopée et le droit du travail
aura été entre-temps vidé un peu plus de son contenu.
Une chose est sure en tout cas, c'est que le gouvernement profitera
de l'amélioration prévisible de la conjoncture pour y voir le succès de sa politique.
Le projet de loi coûterait, selon les Echos, 11,6 milliards d'euros par an.
Comment le président peut-il financer ces réformes ?
- D'autres estimations (debat2007.fr) vont jusqu'à 15,6 milliards :
4,6 pour les heures supplémentaires, 2 pour les déductions d'intérêts,
5 pour les droits de succession et 4 pour le bouclier fiscal et l'ISF.
Le gouvernement poursuit ainsi une politique de déséquilibre fiscal
qui permettra ensuite de justifier de nouvelles coupes dans le budget
puis l'instauration d'une TVA sociale
qui reviendrait à faire payer par l'ensemble des contribuables les cadeaux
dont une petite partie d'entre eux aura bénéficié.
L'UE a mis en garde le président français sur l'importance
de la discipline budgétaire.
Dans quelle mesure les comptes publics vont-ils pâtir
de l'application du projet de loi ?
- Le gouvernement table sur une conjoncture plus soutenue
et de meilleures rentrées fiscales.
Il se paie en même temps le luxe de défier les institutions européennes
en demandant à être jugé sur pièces en 2012.
Dans l'immédiat, le déficit devrait se creuser, à moins d'inflexions
de grande ampleur.
Tout est en fait une question de timing politique :
le gouvernement n'a pas abandonné l'objectif de réduction des dépenses publiques,
mais a choisi d'engranger les effets politiques de ses mesures fiscales
avant de se lancer dans la grande "réforme" de l'Etat.
Propos recueillis par Simon Piel
(le jeudi 7 juin 2007)