Le Franc-Parler" (France Inter-i-Tl-"Le Monde")
Olivier Besancenot : "Une partie de la gauche est nulle part"
LE MONDE | 20.11.07 | 13h43 ¥ Mis jour le 20.11.07 | 13h43
a la manif de Rennes le 20 novembre
Le gouvernement refusait de ngocier en pleine grve, il voque maintenant "une dynamique de reprise de travail" pour ouvrir la discussion. Est-ce vos yeux un premier pas ?
Il a t oblig de le faire. Sur la forme, cela prouve que le rapport de force commence payer vu cette premire runion. Reste le fond. Or, juste aprs avoir fait une petite concession sur la forme, nous avons un gouvernement qui, par la bouche de M. Fillon aujourd'hui, nous dit qu'il ne lchera rien sur les principes. Le gouvernement nous refait le coup de la gonflette vingt-quatre heures avant la journe de demain qui s'annonce un succs d'un point de vue interprofessionnel.
Le patron de la CGT Bernard Thibault est malmen par sa propre base. A-t-il tort de vouloir ngocier ?
Ce mouvement a dcid de contrler sa propre mobilisation par la base, en assemble gnrale o il n'y a pas que des militants de SUD ou de la CGT, mais aussi de Force ouvrire, de la CFDT, de l'UNSA qui depuis longtemps ont dit qu'il fallait arrter le mouvement (...). On va prouver que les cheminots ne sont pas seuls par rapport leur conflit qui ne touche pas simplement la question des rgimes spciaux, des retraites, mais qui touche en filigrane la question du pouvoir d'achat.
Vous vouliez ds le dpart la jonction de la grve des cheminots avec celle des fonctionnaires ?
C'est vident, mais ce n'tait pas le cas du ct des directions syndicales. Car certaines ne voulaient surtout pas qu'il n'y ait qu'une seule manifestation. Je ne fais jamais la politique du pire car je sais ce que c'est que de faire grve. Si vendredi, les cheminots avaient gagn, je leur aurais dit bravo (...). Je me souviens de 2003, face toutes les tentatives de division des directions syndicales qui l'poque nous ont trimbal de journe d'action sans lendemain, on a vu clore dans le mouvement spontanment des collectifs interprofessionnels de plus en plus massifs. Des salaris qui allaient la rencontre d'autres salaris sans passer par aucune direction syndicale ou politique. Nous aurions eu tellement besoin de ces collectifs interprofessionnels ds le dbut de ce mouvement pour gagner...
La SNCF propose des contreparties, notamment 90 millions d'euros sur quinze ans. Plusieurs syndicats y sont sensibles...
Et probablement mme des cheminotes et des cheminots. J'en suis bien conscient. Ce sont eux qui diront si ce systme de compensation qui touche aux dcotes ou aux salaires sera vcu comme une victoire ou pas. La situation politique et sociale ne sera pas la mme si ce sont les cheminots qui ont le sentiment de gagner quelque chose ou si c'est Nicolas Sarkozy qui a le sentiment de gagner quelque chose. Mais ce serait bien que les bnfices de cette entreprise servent d'abord faire fonctionner le service public.
Pourquoi le Parti socialiste est-il inaudible ?
Le Parti socialiste est tomb dans le panneau de critiquer le gouvernement sur la forme. On attendait plutt la gauche pour nous expliquer en quoi c'tait des mauvaises rformes et surtout comment on pouvait les combattre (...). La vraie force de la droite, ce n'est pas qu'elle est partout, c'est qu'une partie de la gauche est nulle part (...). Le pilier fondamental pour proposer quelque chose de neuf gauche, c'est de savoir si l'on s'inscrit ou pas dans la dmarche sociale-librale du Parti socialiste. Si on accepte ou pas de se laisser satelliser par le projet politique qui est cohrent de la direction du PS et qui est plutt d'accord avec une partie du fond des rformes du gouvernement actuel. Car concrtement, ils pensent que le libralisme est inluctable.
Propos recueillis par Raphalle Bacqu, Thomas Hugues et Stphane Paoli.