d « Théorèmes de la résistance à l’air du temps »,
Daniel Bensaîd
« A quoi reconnaît-on notre contemporain, l’homo resignatus ? A quoi reconnaît-on nos hommes politiques bien tempérés, ceux de la droite du centre, de la droite recentrée, comme ceux de la gauche du centre, de la gauche recentrée ? A quoi reconnaît-on nos intellectuels domestiques, boursicoteurs décomplexés le jour et prédicateurs moralisants le soir ?
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A leurs genoux meurtris de tant d’agenouillements et de génuflexions devant les nouveaux fétiches et les vieilles idoles ! A leur échine courbe de tant de couleuvres avalées et de révérences plongeantes devant l’autel des marchés ! A leur sang glacé et à leur impassibilité batracienne devant l’ordre impitoyable des choses ! A leur superbe indifférence, de tant d’accommodements et de tant de renoncements consentis !
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Pourquoi nous, qui n’avons jamais été vraiment modernes, devrions-nous nous réveiller soudain post-modernes ? Pourquoi nous, qui n’avons jamais été blasés, devrions-nous nous découvrir soudain cyniques ? Pourquoi nous, qui n’avons jamais renoncé à rire de tout –mais pas avec n’importe qui- devrions-nous désormais nous contenter de ricaner de rien ?
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Au-delà de la modernité et de la post-modernité, il nous reste la force irréductible de l’indignation,qui est l’exact contraire de l’habitude et de la résignation. Même lorsqu'on ignore encore ce que pourrait être la justice du juste, il reste la dignité de l’indignation et l’inconditionnel refus de l’injustice.
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L’indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s’indigne, on s’insurge, et puis on voit. On s’indigne passionnément, avant même de trouver les raisons de cette passion. On pose les principes avant de connaître la règle à calculer les intérêts et les opportunités : « Puisse-tu être froid ou chaud, mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ».