Olivier Besancenot, figure montante à gauche sur fond de crise socialePARIS (AFP) - Surfant sur la vague des mobilisations sociales qu'elle pousse vers une plus grande radicalité, la LCR gagne en notoriété, mais c'est surtout son leader Olivier Besancenot, devenu "une des figures dominantes à gauche", selon des analystes, qui en profite plus que son parti.
Le jeune facteur, qui talonne dans les sondages Ségolène Royal, est de toutes les luttes : rue de la Banque, à Paris, avec les sans-abris, à la rencontre des cheminots près de Rouen, avec ses collègues postiers dans la manifestation des fonctionnaires mardi.
A l'inverse du PS qui reconnaît à demi-mot l'impopularité de la grève des cheminots et verrait d'un bon oeil la fin du conflit, Olivier Besancenot appelle sans état d'âme à sa poursuite tant que le gouvernement "ne lâche rien".
Il appelle à la jonction de la lutte des cheminots, des fonctionnaires et des étudiants : "il faut des mouvements d'ensemble", dit-il. C'est ce qu'il entend expliquer à son meeting de rentrée jeudi soir à la Mutualité.
"Dans le contexte des mouvements sociaux l'image d'Olivier Besancenot s'améliore, il apparaît de plus en plus comme la personnalité à gauche qui a les positions les plus claires", souligne François Miquet-Marty, de l'institut LH2.
"Il bénéficie de la faiblesse du Parti socialiste", dont le discours, notamment sur les régimes spéciaux de retraite, semble "hésitant" et traversé "de contradictions et d'ambivalences", souligne cet analyste.
"Olivier Besancenot apparaît aujourd'hui comme l'une des figures dominantes à gauche et peut le rester" du fait à la fois de "sa dimension contestataire forte et de son discours homogène", estime M. Miquet-Marty.
Sur le terrain, les militants de la LCR portent la parole contestataire : dans les facs, ils réclament le retrait de la réforme Pécresse sur l'autonomie des universités, mettant en porte-à-faux l'UNEF, proche du PS, qui a négocié la réforme durant l'été. Chez les cheminots, les trotskistes de Sud Rail refusent la remise en cause des régimes spéciaux.
Avec la radicalisation du mouvement et un certain débordement des syndicats, d'aucuns - notamment à droite- dénoncent le rôle dirigeant de la LCR dans le mouvement.
"Mais c'est trop d'honneur et c'est faux", affirme Alain Krivine, leader historique de la LCR qui voit dans ces allégations, comme dans les sabotages "trop bien organisés" mercredi contre la SNCF, une campagne pour "marginaliser et criminaliser" le mouvement.
Forte de la popularité de Besancenot - 7% des Français sont prêts à voter pour lui, selon un dernier sondage IFOP, contre 4,08% à la présidentielle-, la LCR entend lancer un nouveau parti anticapitaliste dépassant la sphère de l'extrême gauche.
L'enjeu est de taille pour la LCR qui "devrait fédérer des gens qui émanent des milieux sociaux très différents", souligne François Miquet-Marty.
Pour Stéphane Rozès, directeur général de l'institut CSA, "Olivier Besancenot profite plus de cette popularité que son mouvement".
"La source de sa popularité n'est pas l'anticapitalisme politique" qu'il prône mais "un antilibéralisme idéologique" qui séduit ceux "qui souhaitent conserver les compromis sociaux antérieurement acquis", au moment où la gauche de gouvernement "tarde" à proposer des solutions alternatives, souligne-t-il.
"Olivier Besancenot apparaît comme la figure antilibérale à gauche de la gauche", place qu'autrefois occupait Arlette Laguiller, note M. Rozès.