« Oui je suis inquiet. Théoriquement, je risque jusqu'à trois ans de prison ferme. » Le 13 novembre dernier, Hugo, alors âgé de 19 ans et membre du syndicat Sud Etudiant, est interpellé alors qu'il défile dans les rues de Rennes, comme près de 300 de ses camarades, contre la LRU. « Je suis accusé de jet de projectile non-identifié, ce que je réfute, et d'outrage à agents, parce que j'aurais simulé un revolver avec mes doigts. Je ne faisais que les montrer du doigt à des camarades qui me demandaient où ils se trouvaient. » Hugo est alors maîtrisé au sol avant d'être placé en garde à vue pour 24 heures.
Hugo : l'homme « à abattre » ?
Seulement voilà, Hugo n'est pas vraiment un étudiant comme les autres. Quelle que soit la chaîne de télévision que l'on regarde ou le journal que l'on lit à cette époque, impossible de le manquer, Hugo est partout, interlocuteur privilégié des médias. Et c'est cela qui, selon lui, l'aurait conduit devant le tribunal en ce lendemain de Noël. « En plus de la volonté politique de faire un exemple, c'est une manière pour ces policiers de régler leurs comptes avec moi. Ils me connaissent depuis le CPE. Et puis on s'était également défiés du regard au cours de la manifestation des magistrats pour la venue de Rachida Dati. »
Pour appuyer ses dires, Hugo n'hésite pas à relater, devant le tribunal, ce que lui aurait dit l'un des trois policiers à s'être constitués partie civile : « Il m'a dit : « Tu as voulu nous enculer à la manifestation des magistrats, maintenant c'est à nous de t'enculer », avant de m'exhiber devant les caméras. » Pour preuve de cette « exhibition », les rushs de l'émission 66 minutes sur M6, (dont deux journalistes ont témoigné par écrit en faveur du jeune homme), ont été diffusés pendant l'audience. Seulement voilà, selon son avocat, Maître Sevestre, « le montage sommaire réalisé par l'auxiliaire de justice », n'a pas permis de visualiser la scène en question. Une seconde version plus complète est alors proposée, mais le procureur de la République, Catherine Denis, s'oppose à ce qu'elle soit visionnée.
« Rien n'apporte la preuve du contraire »
Un procureur pour qui, d'ailleurs, la thèse du complot à l'encontre de Hugo, ne tient pas une seconde. « Monsieur M. fait preuve d'une certaine prétention. Les policiers font leur travail et se moquent de savoir s'ils arrêtent Monsieur Untel ou Untel ». Le témoignage écrit de l'un des camarades de l'étudiant est balayé d'un geste « Le témoin doit avoir plus de conscience pour la protestation que pour l'orthographe ! », tout comme la vidéo de la manifestation puis de l'arrestation de Hugo « Les déclarations des trois policiers concernant le geste avec les doigts, concordent, et rien ici n'apporte la preuve du contraire. » Même raisonnement concernant le jet de projectile. Coupable tant qu'on n'a pas prouvé qu'on était innocent ?
Toutefois, « le projectile n'étant pas identifié, je ne suis pas certaine que cela constitue une violence à l'encontre des forces de police. Je demande donc la requalification en simple outrage par geste. » Un mois de prison avec sursis est alors requis par le procureur à l'encontre du jeune homme. « Je ne veux pas le priver de ses droits civiques. Je préfère qu'il s'exprime par les urnes plutôt que par des projectiles. »
Méprises et confusion ?
L'avocat de Hugo, lui, ne veut appuyer ni l'une, ni l'autre des deux thèses. « Je ne partage pas l'idée d'un procès politique, mais plutôt celle de la confusion de la part des policiers. » Reprenant ainsi les procès verbaux des trois agents à s'être portés partie civile, Maître Sevestre tente de démontrer l'inconstance des témoignages : « On parle d'abord de plusieurs pierres lancées sur les forces de l'ordre. Au moment de la garde à vue, on ne parle alors plus que d'infraction de violence. Où sont passés les gestes ? Et deux heures plus tard, le projectile censé être des pierres au départ, est devenu non-identifié. » Il y aurait donc eu, dans l'agitation, méprise de la part des policiers et c'est sans surprise que l'avocat de l'étudiant demande sa relaxe.
Hugo devra encore attendre pour savoir à quelle sauce il va être mangé. « Ça s'est bien passé. J'espère la relaxe, mais je pense que le juge va couper la poire en deux, avec juste l'outrage. » Les policiers concernés, pourtant présents, ont assisté à l'audience depuis la porte de la salle, sans intervenir. Quant à la cinquantaine de personnes présentes pour soutenir Hugo, elle s'est donnée rendez-vous pour le verdict, le 6 février prochain.