Au moment où, sous les dithyrambes unanimes des grands médias, s'éteignait Jean-Jacques Servan-Schreiber, l'un de ses fondateurs, l'Express lançait une énième nouvelle formule, après avoir porté Christophe Barbier à la tête de sa rédaction. Portrait du Monde : « 39 ans, normalien, ex-chef du service politique, assidu des plateaux de télévision [...]. » L'Express, depuis longtemps classé à droite, est passé, en trois ans, des mains de Vivendi à celles de Dassault, qui l'a revendu au groupe de presse belge, Roularta, empire de 2 600 salariés, coté en Bourse.
L'objectif du nouveau patron, Rik De Nolf, est éblouissant : « L'hebdomadaire est actuellement à l'équilibre. Il devra atteindre d'ici deux à trois ans une rentabilité de 10 %. Pour l'ensemble du groupe Express-Expansion, une économie de 3 millions d'euros doit être réalisée sur la masse salariale. » Christophe Barbier, le « chien de garde » porté à la direction de la rédaction, sait à quoi s'en tenir : il lui faut mordre profond dans la chair de ses ex-collègues. Mission identique à celle de Laurent Joffrin pour Libération.
Pour frapper les imaginations, le zélé Barbier a de suite viré les chroniqueurs extérieurs. Bernard Guetta pour l'international, Daniel Rondeau pour les livres, Claude Allègre pour les sciences et Petitrenaud pour la gastronomie ont été aussi brutalement congédiés qu'une caissière de supermarché. À une différence près : ces grandes consciences journalistiques sont des multicartes fortunés qui ne connaissent le chômage qu'au travers des chiffres falsifiés des gouvernements.
Et la nouvelle formule dans tout cela ? Si l'on excepte une large pagination dédiée aux « indiscrétions » (tarte à la crème de tous les hebdos bien pensants et people), la distinction n'a rien de spectaculaire. Il faut ouvrir le supplément appelé « Styles » pour comprendre que la seule ambition du renouveau est d'attirer davantage de publicités. Mode, maison, santé, loisirs. Autant de marchés porteurs pour les annonceurs.
Le Monde s'interroge sur le positionnement de ce nouvel Express : « Moins à droite que Le Point, moins gauche bobo que le Nouvel Observateur, [...] mais plus quoi ? » Plus info-marchandise ?
JM V