GROSSE COLERE - Combien de manifestants à Rennes? Même les renseignements généraux en étaient réduits à une estimation avec une marge d'erreur.
Alors? 20 000, 30 000, davantage? Retraités, enseignants, chercheurs,
postiers, personnel hospitalier, salariés de la grande distribution ou
de l'industrie automobile, intermittents: tout le monde s'accordait à
constater qu'on n'avait pas vu pareil rassemblement dans les rues de la
capitale bretonne depuis très longtemps. Paroles de manifestants.
Florence Defrance, 42 ans, a manifesté avec un groupe d'employés
d'Equant, une entreprise sous-traitante de France Telecom.
On ne veut
pas payer la crise pour ceux qui l'organisent. On va supprimer des
emplois dans notre entreprise comme dans l'ensemble du groupe France
Telecom alors que ce groupe fait les plus gros bénéfices du CAC 40 et va
sauvegarder la part qui revient à ses plus gros actionnaires. C'est révoltant.
C'est aussi un problème qui dépasse les situations particulières et les
réflexes corporatistes. C'est pour ça que les gens sont venus. Je pense qu'ils sont
contents de se retrouver ensemble. Il y a un ras le bol qui ne date pas
d'aujourd'hui. On est pressuré de toutes parts depuis longtemps et la
crise n'est qu'un catalyseur du mécontentement.
Enseignante dans une école primaire, Arianne, 40 ans, manifestante
sandwich proclame sur ses cartons: c'est nous les professionnels, écoutez-nous.
Nous
sommes très inquiets pour l'avenir de l'école. Avec la suppression des
Rased, il ne se passera plus rien pour les élèves les plus en difficulté
et les gamins qui sont à la rue seront encore plus à la rue. Les
programmes ont été alourdis et les horaires diminués. Sans aucune
concertation. On n'a jamais vu ça. Les éditeurs des programmes étaient
au courant avant nous de leur contenu. Avec d'autres instituteurs nous boycottons l'aide individualisée et le système
d'évaluation nationale qui vise à mettre les écoles en concurrence et
on nous retire des jours de salaires. Mais on fait celà pour les
enfants, pas pour nos salaires justement comme on l'entend si souvent.
Deux inspecteurs d'académie, la cinquantaine, manteau de laine sur le
dos et chapeau sur la tête, sont également dans le cortège.
Il n'y a
pas que des mauvaises choses dans ce qui est proposé pour l'éducation
nationale mais la manière dont c'est imposé, par l'injonction, sans dialogue,
casse la dynamique d'amélioration des choses à laquelle les enseignants
sont pourtant prêts à participer. Alors on comprend qu'ils soient découragés,
qu'ils se sentent agressés. C'est hyper-chaud dans les écoles.
Venue avec son bébé de trois semaines dans la poussette et son mari,
Aude, 29 ans, est infirmière à l'hôpital psychiatrique Guillaume
Régnier.
On a divisé par deux les effectifs depuis que je travaille.
En 2003 on était entre cinq et six par journée pour 25 patients.
Aujourd'hui, on est trois ou quatre. On supprime les moyens pour
achever petit à petit la fonction publique.
Trois retraitées aux cheveux blancs emmitouflées dans leurs écharpes,
sans cartons, ni slogans, marchent côte à côte.
Pour nos enfants, pour
nos petits-enfants, nous sommes contre toutes les réformes actuelles,
toute cette injustice d'une politique qui prête aux banquiers et où
tout est fait pour le capital.
Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, on en veut pas, de cette société là!, scande un groupe de manifestants en passant devant la caserne des pompiers où les fusées sont aussi de sortie.
Juliette Cornée, 55 ans, déléguée CGT est vendeuse à Carrefour à
Fougères.
les salaires, le travail le dimanche, les temps de pause pas
payés, les horaires éclatés dans la journée, les pressions sur les
congés qu'on ne peut pas choisir, y'a un ras le bol de tout. On est en
dessous du SMIC horaire. Après 30 ans de travail, je gagne 1100 net
par mois.
Nadine Morvan travaille à l'agence ANPE de Rennes sud.
On ne veut pas
devenir la police des chômeurs. Avec la fusion avec l'Assedic, la
notion de service public est gommé. Avec les sanctions qui tombent après
deux refus d'une offre raisonnable, on cherche surtout à faire
disparaitre les chômeurs des listes et on va augmenter la précarité. On
n'est plus là pour informer, orienter, accompagner. Nous sommes devenus
un formidable outil pour radier les personnes. Au final, il va y avoir
de plus en plus de gens exclus de l'assurance chômage. Où seront-ils
alors? Qui va répondre à leurs besoins? Que vous soyez jeune, vieux,
chômeur, salarié, on n'est pas respecté. Les gens n'en peuvent plus.
Thérèse, médecin-psychiatre, a bricolé sa propre pancarte. Côté pile:
les réformes aggravent la
crise, côté face: Sarkozy démission.
La
baisse des postes dans la fonction publique, le paquet fiscal... Tout
ce qu'il fait, c'est en faveur des ultrariches, les autres devront
payer. Les franchises médicales pénalisent les patients, avec la
réforme de la justice, la prise en charge des plus faibles va diminuer.
Je suis médecin libéral et je suis solidaire de ce mouvement.
La mobilisation a été très forte également à Saint-Brieuc, Brest, Quimper ou Lorient où les chiffres ont oscillé entre 12 000 à 15 000 manifestants. A Vannes, Morlaix, Lannion ou même Quimperlé et Pontivy, plusieurs milliers de personnes ont également défilé dans les rues.
Pierre-Henri ALLAIN
(Photos: Therez Boulbat